Retour à la Page d'Accueil du Site
Logo Site Jouve - Portrait par Serge Popoff
Site Pierre Jean Jouve

Notes éparses sur Pierre Jean Jouve 

Jouve et les Musiciens, 

ses Contemporains


par Jean-Paul Louis-Lambert


   Il y a des écrits très connus de Jouve sur des musiciens, Mozart et Berg, bien sûr, et aussi sur Bartok; Monteverdi, Mahler, Schönberg. Ses relations avec les musiciens ont été très nombreuses, diverses, et parfois inattendues. Nous donnons ici quelques brêves notes éparses sur ce sujet.

1900 (?)

Eugénie Rosé

   Dans le numéro du 15 mai 1968 de La Quinzaine Littéraire, Antoinette et René Fouque publient un important entretien avec Pierre Jean Jouve à l'occasion de la fin de la réédition de ses oeuvres poétiques au Mercure de France. Jouve s'exprime beaucoup sur ses rapports avec la musique. Il y parle de l'influence de sa mère :

 « Ma mère était musicienne. La musique est ma mère. J’ai été formé par elle, j’ai commencé par vivre en musique, avec un vague désir de composition qui n’était pas éduqué. Je jouais assez convenablement du violon, à l’époque cela s’appelait jouer dans le Quatuor de Debussy. Même au moment où j’ai commencé à penser aux Lettres, cette passion de musique ne m’a pas quitté. »



1932-1947

Edward Staempfli

   Le compositeur suisse Edward Staempfli (1908-2002) a composé plusieurs oeuvres sur des poèmes de Pierre Jean Jouve :

  • 1932 : Extraits de La Symphonie à Dieu ("Fontière", "Vieillard", "Au milieu des tombeaux", "Pastorale du vent noir") quatre mélodies pour soprano et piano.

  • 1947 : Cinq poèmes ("O vierge noire", "Je suis celle qui dore", "O chère plus légère que l'éther", "Maria lorsqu'elle a dit", "Marie dit") extraits de Porche à la Nuit des Saints, pour chant et piano.  



1935

Pierre Souvtchinsky

   Pyotr Petrovich Suvchinsky, plus connu sous le nom de Pierre Souvtchinsky (1892-1984) est un chanteur et musicologue ukrainien. Il fut d'abord co-éditeur d'un journal musical de Saint-Petersbourg (à partir de 1915) et l'ami de Serge Prokofiev (auteur du livret d'une cantate) et d'Igor Stravinski.  Il était d'origine noble, et en 1922 il a émigré, d'abord à Berlin, puis à Sofia, enfin à Paris. On dit sur lui bien des choses. A Paris il a connu René Char, Antonin Artaud (à l'époque des Cenci).  Il aurait pu être le véritable auteur – ou l'un des auteurs, ou le collaborateur, les déclarations des sources varient –  d'un livre signé par Stravinski. Il a été le pédagogue de pianistes comme Geza Anda et Claude Helffer. Il a été à l'origine de la création par Roger Désormières du Soleil des Eaux de Pierre Boulez. Il aurait conseillé aux jeunes élèves de Messiaen (Maurice Le Roux, Michel Fano, Jean Barraqué, André Hodeir et Pierre Boulez) de se regrouper sous un même sigle (voir le livre de Jésus Aguila cité dans la bibliographie). Certaines sources lui attribuent la co-fondation, aux côtés de Jean-Louis Barrault, d'Hélène Tézenas et de Pierre Boulez du Domaine Musical.

   Dès 1935, Pierre Souvtchinsky fréquente Pierre Jean Jouve et Blanche Reverchon, comme en témoigne une lettre écrite à son futur époux (Balthus) par Antoinette de Watteville, effarouchée par l' « ambiance psychanalytique » régnant chez le couple : 

« J'ai trouvé horrible toute cette clique autour de Jouve dont j'avais tant attendu, toute cette ambiance psychanalytique me paraît antipathique. J'ai constaté avec Souvtchinsky, un Russe absolument charmant et gentil, que dans ce cercle un être humain dépourvu de complexes devient un être inférieur. »



1936
Alban Berg
   Dans le numéro du 1er janvier 1937 de La Nouvelle Revue Française, Pierre Jean Jouve publie « A la mémoire d'un ange », une chronique consacrée à Alban Berg.  

(à suivre)


1938
Béla Bartok
   Dans le numéro du 1er juillet 1938 de La Nouvelle Revue Française, Pierre Jean Jouve publie « La Musique et l'état mystique », une chronique consacrée à Béla Bartok.

(à suivre)


1940-1942

Fernand Drogoul

Jouve - 1942 - Don_Juan

   En 1942, Jouve publie Le Don Juan de Mozart. La dédicace est explicite :

« A Fernand Drogoul / Esprit musicien / qui encouragea la pensée de cet ouvrage / qui critiqua ses différentes versions / qui aima Salzbourg / tué le 13 juin 1940 / sur une route de France » 

   Jouve avait étudié de très près la partition de l'opéra de Mozart grâce au musicien  Fernand Drogoul. Dans son livre de référence, Chronique des Cahiers du Sud, 1914-1966, Alain Paire nous apprend que Drogoul était un des collaborateurs importants des Cahiers du Sud de Jean Ballard. Il avait épousé Thérèse Aubray, poète et traductrice (de T. E. Lawrence, en particulier), proche des Surréalistes (Eluard, Masson) et qu'on peut considérer comme une des fondatrices des Cahiers du Sud (elle avait participé au capital). La mort de Fernand Drogoul dans un bombardement près de Rambouillet toucha beaucoup Jouve qui se réconcilia à cette occasion avec Ballard (la revue de celui-ci avait publié un article déplaisant sur un des poèmes résistants de Jouve).  

   Dans Gloire (Fontaine 1942), la section «Catacombes» porte l'exergue : « IN MEMORIAM / Fernand Drogoul ». Plusieurs poèmes de Jouve de la période de la guerre font référence à Drogoul, l'ami mort souvent associé à «l a femme des vingt ans » : 

Vous deux
Qui êtes endormis dans l’horrible dépouille
Mais à mes yeux non séparés de chères formes
La femme des vingt ans couverte de son or

Et l’ami des sons justes pendant l’âge mûr,
Vos deux cœurs
Non séparés des eaux nues de mon cœur

  «Tremblement, II» in La Vierge de Paris,  LUF, 1944



1940-1945

Marcel Mihalovici

   En 1945, Pierre Jean Jouve dédicace ainsi un exemplaire de son livre Gloire 1940 (publié en 1944 à Fribourg) :

« pour Marcel Mihalovici... ayant entendu les superbes Ricercari joués par Monique - ce livre en souvenir de Cannes, du sombre temps où il était au travail - 1945 ». 

   Marcel Mihalovici (1898-1985) est un compositeur d'origine roumaine. Il est l'un des membres importants de «l'Ecole de Paris» (avec Bohuslav Martinu, Alexandre Tansman). Il était l'époux de la pianiste Monique Haas. Tous deux étaient des amis de Pierre Jean Jouve. Ils avaient participé au "Front national", mouvement résistant anti-nazi créé à l'initiative du Parti Communiste (alors interdit) pour regrouper des artistes pas obligatoirement politisés ; les fondateurs avaitent été Roger Désormières, Elsa Barraine et Louis Durey ; on rencontrait dans ce mouvement des compositeurs  comme Henri Dutilleux, Claude Delvincourt, Georges Auric, Francis Poulenc. Parmi les oeuvres les plus connues de Marcel Mihalovici, citons ses opéras, Mélusine (livret de Yvan Goll, 1920) et Phèdre (1949). 

   On peut supposer que la dédicace de Jouve fait référence à la période qui a suivi l'exode (1940), Jouve et Mihalovici étant alors réfugiés dans le sud de la France. Les Ricercari - variations libres pour piano op. 46 dont il existe des enregistrements par Monique Haas - sont habituellement datés de 1941 : Jouve les auraient entendus en avant-première ou en cours de composition.  



1947

Louis Saguer

   François Porcile, dans son ouvrage très documenté Les Conflits de la musique française, 1940-1965 (p. 264-265), donne un portrait du compositeur Louis Saguer (1907-1991), né allemand et naturalisé français. Saguer a été l'élève ou le disciple de Hindemith, Eisler, Milhaud, Honegger, collaborateur pour la musique de films d'Eisenstein. Pianiste et claveciniste il a interprété de nombreux compositeurs contemporains (Boulez, Dutilleux, Jolivet, Messiaen, Nigg).  

   En 1947 Louis Saguer compose une Ode au Peuple - d'après le poème précurseur de la résistance poétique publié par Pierre Jean Jouve en 1939 chez GLM et repris dans la NRF de février 1940. Ce compositeur méconnu a été, comme Maurice Ohana, un indépendant total. Il est l'auteur de la musique du premier long-métrage d'Eric Rohmer, Le Signe du Lion (1959).  



1951

Olivier Messiaen

   François Porcile, dans Les Conflits de la musique française, 1940-1965 (p. 69), cite une lettre d'Olivier Messiaen datée du 12 avril 1951, adressée au directeur du Conservatoire National Supérieur de Musique Claude Delvincourt (Messiaen était professeur au CNSM). 

   Messiaen y indique qu'il a fait une analyse totale de Don Giovanni de Mozart en s'«aidant de l'admirable livre de Pierre Jean Jouve» (1942).  


1953

Michel Fano

Jouve - Fano - Wozzeck - Bourgois

   En 1953, Jouve publie Wozzeck ou le nouvel Opéra (Librairie Plon) qu'il a écrit en collaboration avec le compositeur Michel Fano

    Michel Fano (né en 1929)  a été l'élève d'Olivier Messiaen, il est l'ami de Pierre Boulez. Compositeur et théoricien, il est très connu pour ses partitions pour le cinéma : il a collaboré avec Alain Robbe-Grillet (Trans- Europ- Express,  L’Homme qui mentL’Eden et après), Pierre Kast (Le bel Âge), Jacques Doniol-Valcroze (L'Eau à la Bouche), Jean Rouch. Il a co-réalisé des films animaliers (Le Territoire des Autres, La Griffe et la Dent) et des documentaires sur la musique contemporaine. Il est un des plus grands spécialistes du son au cinéma.

Jouve-Fano-1953-Wozzeck

 

       A propos de sa mise en scène de Wozzeck en 1963 à l'opéra de Paris (dirigé par Pierre Boulez), Jean-Louis Barrault a écrit

« Pour Wozzeck donc, après la constitution de l’équipe, j’ai réfléchi à l’œuvre – et à ce moment un livre m’a beaucoup aidé, qui m’a permis de pénétrer dans l’œuvre en profondeur, celui de Pierre Jean Jouve et de Michel Fano. » 

Réédition de 1964

Jouve-Fano-1964-Wozzeck


1959-1962

Max Deutsch

   Le fond consacré à Max Deutsch, compositeur et professeur de composition très apprécié, contient trois lettres adressées par Pierre Jean Jouve entre 1959 et 1962.


1968

Pierre Boulez

   Le livre de Jésus Aguila, Le Domaine musical (Fayard, 1992) cite, parmi les personnalités qui fréquentaient le Domaine musical : Pierre Jean Jouve, aux côtés d'André Pieyre de Mandiargues, André Masson, Jacques Lacan, Jean Wahl.
   Dans le numéro du 15 mai 1968 de La Quinzaine Littéraire (voir également "1900") l'entretien d'Antoinette et René Fouque avec Pierre Jean Jouve donne un témoignage sur la fréquentation du Domaine Musical par l'écrivain :

« Dans la musique présente, j’ai l’impression que les structures de l’Ecole de Vienne sont dépassées par toutes sortes de recherches et en particulier celles que fournit la musique électronique, qui n’a rien à faire avec la structure sérielle (aboutissement de l’écriture tonale traditionnelle). Je sens comme un désarroi effrayant. Au dernier concert de Pierre Boulez, j’ai fortement aimé Eclats. Boulez conduit une formation réduite, traitée comme un instrument dont il ferait jouer les pupitres ad libitum. Comme l'oeuvre a été répétée en "bis", j’ai eu le sentiment d’une version différente et moins bonne. Je ne suis pas certain de mon jugement, mais il porte en tout cas sur le principe de "l’aléatoire". En dehors de l’aspect discontinu de l’art, de son aridité, je suis complètement opposé à l’écriture aléatoire. Un art ne peut pas être aléatoire, c’est une forme qui doit avoir sa limite et son contenu mémorial. Le créateur qui introduit délibérément le hasard dans sa création me semble user de perversité, car le véritable hasard, dans sa forme mystérieuse, y est déjà. »



1969

Lulu 

de Frank Wedekind

Couverture de Lulu de Frank Wedekind


 1983

Claude Prey

On peut écouter un extrait de "Paulina" sur le site www.musiquecontemporaine.fr

   En 1983, Claude Prey compose Paulina ou la chambre bleue, opéra de chambre d'après Paulina 1880

   Claude Prey (1925-1998) est un compositeur indépendant élève au CNSM de Darius Milhaud et d'Olivier Messiaen. Ses débuts ont été marqués par Le Coeur révélateur (1961), opéra composé à la demande de la radio (Henri Dutilleux) sur un livret de Philippe Soupault d'après Edgar Poe, et qui obtint le Prix Italia en 1963. Selon François Porcile, Claude Prey a été un « rénovateur du théâtre musical » (p. 68). Sa «recherche structuraliste (...) va de pair avec une volonté de décloisonner les genres, de relier théâtre et concert, sortir du carcan de la scène, faire des chanteurs de véritables acteurs, et réciproquement » (p. 256). Citons son grand opéra épistolaire d'après Les Liaisons dangereuses de Laclos (1973) et Le rouge et le noir d'après le roman de Stendhal, créé en 1989 au Festival d'Aix en Provence. 



1984
Serge Baudo
Antoine Duhamel
René Koering

   Trois compositeurs français ont mis en musique trois sonnets de William Shakespeare dans les traductions de Pierre Jean Jouve, oeuvres créées en 1984 :

  • Serge Baudo (compositeur et chef d'orchestre, né en 1927) a mis en musique le "Sonnet I"

  • Antoine Duhamel, le "Sonnet VIII"

  • René Koering, le "Sonnet XXIV".



Références

  • Pierre Jean Jouve, Le Don Juan de Mozart, Fribourg, LUF, Egloff, 1942.   

  • Pierre Jean Jouve et Michel Fano : Wozzeck ou le nouvel Opéra, Librairie Plon, 1953.   

  • Pierre Jean Jouve, Commentaires, A la Baconnière, 1950.
  • Alain Paire, Chronique des Cahiers du Sud, 1914-1966, IMEC Éditions, 1993.  

  • François Porcile, Les Conflits de la musique française, 1940-1965, Fayard, les chemins de la musique, 2001.  

  • Michèle Fink, «Jouve et la Musique», in Relecture de Pierre Jean Jouve, NU(e) 28, 2003.  

  • Jésus Aguila, Le Domaine musical - Pierre Boulez et vingt ans de création contemporaine, Fayard, 1992.  

  • Balthus, Correspondance amoureuse avec Antoinette de Watteville 1928-1937, Buchet/Chastel, Paris, 2001.  



Haut de la page
Logo Site Jouve - Portrait par Serge Popoff
Retour à la Page d'Accueil du Site

© 2008, Jean-Paul Louis-Lambert - Tous droits réservés.

Site « Pierre Jean Jouve »

Sous la responsabilité de Béatrice Bonhomme et Jean-Paul Louis-Lambert

Dernière mise à jour : 13 mars 2010