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Notes éparses sur Pierre Jean Jouve 


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Jugements et témoignages sur Pierre Jean Jouve

(Deuxième Série)

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par Jean-Paul Louis-Lambert

Lecteurs de Jouve

Dans une première série, nous avons donné une première anthologie de jugements portés sur Pierre Jean Jouve par des lecteurs exceptionnels : Jean Amrouche, Balthus, Roger Bastide, Albert Béguin, Joë Bousquet, André Breton, Martine Broda, André Delons, Georges Duhamel, Paul Eluard, Ramon Fernandez, David Gascoyne, Charles de Gaulle, Robert Guiette, Bernard Groethuysen, Alain Jouffroy, Nelly Kaplan, Pierre Klossowki, Jacques Lacan, André Masson,  François Mauriac, René Micha, Dominique Noguez, Jean Paulhan et Dominique Aury, Gaétan Picon, André Pieyre de Mandiargues, Marcel Raymond, Romain Rolland, Jean Schlumberger, Jean Starobinski, Salah Stétié, Jean Wahl, François Weyergans.

Nous continuons avec une deuxième série : Jean Audard, Henri Bauchau, Yves Bonnefoy, Gabriel Bounoure, Jean Cassou, René Char, Jean Clair, Georges-Emmanuel Clancier, Marc EigeldingerPierre Emmanuel, Jean Le Louët, Daniel Leuwers, Pierre Leyris, Louis Parrot,  Boris de Schloezer, Philippe Soupault, Albert Thibaudet. 

Consultez notre première Série
Consultez aussi

 les Juvenilia, textes recueillis par Mikaël Lugan



1932

Jean Audard

Vagadu

Présence - 1932 - No 3

in Présence, Lausanne, N° 3, Année 1932

« "La lecture de mon ouvrage requiert sans doute une inclination toute nouvelle de l'esprit", écrivait Jouve dans l'admirable "Commentaire à Vagadu" que publiait la Nouvelle Revue française du 1er décembre 1931. Ce livre est en effet l'expression d'un point de vue si unique, que le lecteur habitué aux exercices littéraires ne retrouvera même plus ici le fil qui lui permettait encore de suivre, en tâtonnant, Le Monde désert ou Hécate. Le personnage social de Catherine Crachat y fait place à un autre personnage dont il n'était que le pâle double : l'inconscient de Catherine Crachat.
(...)
Il y a en effet deux façons de parler de l'inconscient, dont une façon objective, qui est celle de Proust, de Dostoïevsky, de Lawrence. Ce n'est pas de cette façon que procède Jouve. Vagadu n'a rien du roman psychologique. Il est beaucoup plus près de certaines formes du roman fantastique, de Jouhandeau, par exemple : ce n'est pas un roman sur l'inconscient, c'est l'inconscient même en acte.
(...)  »

Jean Audard, philosophe, ami d'André Delons, membre du Grand Jeu. Auteur en septembre 1933 d'un important article : « Le caractère matérialiste de la psychanalyse » (Cahiers du Sud).


1945

Louis Parrot

L'Intelligence en Guerre

Louis Parrot - L'Intelligence en guerre - 1945
Chapitre "Pierre Jean Jouve ou le Témoin", pp. 309-318.

La Jeune Parque, Paris,
achevé d'imprimer 28 décembre 1945

« Cette couleur ardente, [Jouve] devait l'employer plus fréquemment qu'à l'époque de son Paradis Perdu, dans Sueur de Sang, dont la préface provoqua tant de controverses ; mots déchirés qui s'assemblent en des images dont il n'est besoin d'aucun commentaires pour distinguer le douloureux rayonnement. Ces mêmes mots, nous devions les retrouver plus ardents encore tous au long de Témoins, ce grand livre qui reprend, depuis 1930, ses poèmes les plus caractéristiques, tous ceux dans lesquels notre époque d'ignominie et d'espérance se trouve le plus fidèlement reflétée.
[...]

En 1939, alors [que Jouve] me parlait avec le plus vif intérêt d'un jeune poète qu'il venait de découvrir et qui s'appelait Pierre Emmanuel, il dressait déjà le bilan de toutes les misères du temps. Il avait noté qu'une catastrophe sans précédent menaçait la civilisation, la bête de l'Apocalypse s'était à nouveau levée sur les nations... "La catastrophe la pire de la civilisation était possible, parce qu'elle se tenait dans l'homme, mystérieuse, agissante... enfin, d'autant plus menasçante que l'homme sait qu'elle répond à une pulsion de la mort déposée en lui. Et le poète, disait-il, est contre cette catastrophe : il n'y a par le cadavre, ni révolution, ni action". Le poète est du parti de la lumière. » Louis Parrot - L'Intelligence en guerre - 1990


Réédité par Le Castor astral, avec une préface de Jean Rousselot, 1990.


1946

Marc Eigeldinger

Pierre Jean Jouve
Poète et Romancier
Starobinski et Eigeldinger - Jouve Poete et Romancier - 1946
par Jean Starobinski, Paul Alexandre, Marc Eigeldinger

A La Baconnière, Neuchâtel, 1946


Formule spirituelle de la poésie

« A Seigneur ! donnez-moi la force et le courage

De contempler mon coeur et mon corps sans dégoût. »

« Ces deux vers de Baudelaire pourraient servir d'épigraphe à la poésie de Pierre Jean Jouve qui un des premiers eut la force et le courage de contempler son corps sans dégoût, de se pencher sur le mystère tragique de la faute et de la chair. Dans le sens Rimbaud s'est fait voyant

De contempler mon coeur et mon corps sans dégoût, Jouve s'est fait le témoin attentif du péché, "le voyeur des chairs bouleversantes". Toute son oeuvre poétique est centrée sur la connaissance des origines de l'homme et sur l'analyse des rapports secrets qu'entretiennent l'âme et le corps. De même que Pascal, Jouve considère que l'homme n'est ni ange, ni bête, mais qu'il est un mélange complexe de l'un et de l'autre, qu'il participe de l'état angélique par la vision intérieure de l'âme et qu'il se rapproche de la bête par l'instinct charnel, par le désir érotique.
[...]

Le poète se doit de sonder les profondeurs de la faute et de regarder en face, sans répugnance, les ravages universels de l'érotisme, car le dénuement spirituel implique la connassance antérieures du péché. L'âme ne gravira les échelons mystiques qu'après avoir éprouvé la densité charnelle du mal, qu'après avoir plongé dans les artères de vie abreuvée de sang coupable. »



1947

Pierre Emmanuel (de l'Académie française)

Qui est cet homme
ou le singulier universel

Pierre Emmanuel - Qui est cet Homme - 1947

LUF, Egloff, Paris

Achevé d'imprimer 15 décembre 1947

Chapitre V, pp. 145-147

« Un jour que je furetais chez mon libraire, je fis tomber un livre du rayon. C'était Sueur de Sang, de Pierre Jean Jouve. Des poèmes : le nom de l'auteur ne m'était pas inconnu, mais ne représentait rien pour moi. Au moment de replacer le livre, machinalement je le feuilletai. Il était beau, aéré comme un temple. A chaque page présidait la volonté d'un architecte : une invisible totalité, tissée de comple'xes accords entre les blancs et les noirs, le vide et le plein, la lumière et els ombres, imposait la présence du poème, bien avant que l'esprit en eût pénétré le dessein spirituel.

Mallarmé, hanté par la page blanche, veut emprisonner l'indicible dans un filet dont les mots sont les noeuds [...].

La page de Jouve, au contraire, apparaît monumentale, elle s'édifie d'un élan continu : ses ruptures (car elle en a), sont des intervalles de silence, où se composent les proportions [...]. En feulletant Sueur de Sang, je pressentis que les canons typographiques, rétablis par Jouve et renovés, n'étaeint plus que la figure matérielle de canons plus intérieurs, de lois symboliques profondes hiérarchisant, allégeant de la base au sommet l'édifice du psychisme humain.|...]

De quelle longue maturation cette forme rendue sensible est la fin ; quel ordre spirituel elle suppose, quel méthodique dépouillement dans le choix et le rapport des symboles;  plus peut-être, quel sens plastique du vrai, quelle exigence de dignité dans le geste de l'écriture au même titre que dans le comportement moral : ceux-là seuls peuvent le comprendre pour qui l'art est une religion. » 



1949

René Char
Lettre du 17 novembre 1949

« Je m'émeus et je m'enchante de l'emprise des poèmes de "Diadème". Vous parvenez à une végétation murmuré miraculeuse, la poésie vous devra des sommets égaux à ceux de Hölderlin et de Rimbaud (…) »


Publiée par la Revue L'Autre — Numéro hors-série "Jouve", juin 1992



1964

Jean Clair (de l'Académie française)

L'Image du temps dans les romans de Pierre Jean Jouve

Cahiers du Sud

Tome LVIII, N° 378-379 (Juillet-Octobre 1964)

« Je me souviens pourtant de mon émotion à la première lecture d'un roman de Jouve. Il s'agissait de L'Aventure de Catherine Crachat, acheté alors pour l'étrangeté de son titre et la modicité de son prix en un temps où plus personne ne semblait connaître Jouve. Pour moi qui le découvrais, j'ai du mal aujourd'hui encore à préciser mon sentiment ; sentiment confus qu'une profondeur essentielle avait été atteinte, ou plutôt m'avait été rendue. Cette passion de Catherine, cette violence à aimer et à détruire, l'abandon soudain aux désirs les plus bas et l'élan toujours repris de pureté, ne les avions-nous pas de toujours éprouvés, depuis la très ancienne enfance, comme un état familier, quoique inexpliquée, de l'âme ? »



1981

Jean Cassou

Une vie pour la liberté

Jean- Cassou - Une vie pour la liberte - Couverture
Collection "vécue", Robert Laffont, 1981, pp. 83-84.
« On voyait [Rilke] en compagnie de celle qui fut sa dernière amie, Baladine Klossoxska, nommée Merline dans la publication qu'on a faite de leur correspondance. Baladine a été, pour Ida et moi, une bien chère amie. Elle habitait, rue Malebranche, un appartement pourvu d'un vaste atelier, avec ses deux garçons, Pierre Klossowski [...] et Balthus [...]. Nous avons connu dans cet atelier de prestigieuses soirées, toutes chargées d'une cosmopolite électricité, où se coudoyaient des Allemandes, de charmantes et mystérieuses Autrichiennes, des Espagnols et Rilke bien sûr, et Groethuysen, et Du Bos, et Pierre Jean Jouve. Mais ce dernier évitait les rassemblemenrs où il risquait de rencontrer des gens inconnus ou déplaisants.

[...]

Dans cette Nekuia je viens de nommer Pierre Jean Jouve. Lui et sa femme, Blanche Reverchon, psychanalyste notoire, furent pour Ida et moi des amis constants. Ce qui est assez notable, car ce profond et mystérieux poète, très à cheval sur sa solitude, sur la figure qu'il voulait se faire et qu'il voulait que l'on se fit de lui-même, sur la musique qu'il aimait, celle-là seule qu'il a commentée dans des écrits fort savants et de la plus haute noblesse de pensée, ce Jouve singulier et jaloux de sa singularité, se brouillait avec tout le monde. Jusqu'à ses meilleurs amis. »


Remerciements
à Dominique Charnay


Jouve - Logo Lecture par Serge Popoff Sauf indication contraire, ces notes éparses ont été recueillies
par Jean-Paul Louis-Lambert

Remerciements : Dominique Charnay
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Dernière mise à jour :24 juin 2010