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Adapter Hécate au cinéma par Pierre Beuchot | |||||||||||||||||||||||||||||||||
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Lien avec la
page Pierre
Beuchot de Wikipédia
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Aventure de Catherine C | |||||||||||||||||||||||||||||||||
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| Fiche technique de Aventure de Catherine C d'après la page Wikipédia et l'Internet Movie Database |
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| Pierre
Beuchot et Hanna Schygulla Photo pendant le tournage |
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Distribution |
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| Distribution d'après l'Internet Movie Database |
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| Devant une oeuvre de Pierre Jean Jouve... |
Devant une oeuvre de Pierre Jean Jouve, l'identification aux personnages et l'implication du lecteur sont si fortes qu'elles l'engagent irrésistiblement dans une investigation personnelle. Nous sommes entraînés dans une histoire qui met à nu fêlures et blessures, qui résonne et agit en nous. Ouverture vers certains secrets dont nous pressentons qu'ils sont aussi les nôtres ... L'oeuvre romanesque de Jouve forme un tout. Ne la définissait-il pas comme son "roman" ! Après l'avolr abordé avec l'adaptation du MONDE DESERT, j'ai voulu explorer plus avant ce "roman". HECATE est devenu AVENTURE DE CATHERINE C, un voyage dans l'espace et dans le temps. Derrière une histoire
sentimentale et scandaleuse, nous nous enfonçons
dans le monde caché de la douleur et du conflit intérieur ... Derrière Catherine C, sur ses pas, nous suivons la quête d'une femme - par ailleurs actrice de cinéma - à la recherche d'elle-même ... Derrière les péripéties et les apparences, nous découvrons peu à peu la profondeur d'une aventure spirituelle ... Pressentie dès l'origine de ce projet, Fanny Ardant sera Catherine C. Pour lui faire face dans le rôle de Fanny, j'aimerais convaincre Hanna Schygulla. Pierre BEUCHOT |
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S'emparer d'un texte de Jouve... |
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| S'emparer d'un texte de Jouve... |
S'emparer d'un texte de Jouve, l'adapter, donner « réalité » à ses personnages, à ses décors, pour les filmer, s'apparente à l'attitude qu'il avait lui-même devant les oeuvres qu'il aimait commenter (de Baudelaire à Alban Berg) : dépenser l'énergie affective qu'elles suscitent en nous, en même temps tenter d'atteindre en elles à certains secrets dont nous pressentons qu'ils nous concernent. Car, disait-il, « un personnage n'est jamais qu'un morceau intime de nous-même, et toute oeuvre, quelle qu'elle soit, est une confession qui subit une métamorphose. » Les histoires dans lesquelles Jouve nous entraîne pénètrent dans les fêlures de chacun, agissent en nous. L'identification à ses personnages est si forte qu'elle engage irrésistiblement dans une investigation personnelle. Transporté hors du temps, hors de la réalité, on peut alors cèder au charme troublant de s'avancer masqué derrière ses créatures . Dans AVENTURE DE CATHERINE C, l'homme se trouve dans la même solitude, et pleure. Il pleure sur amour désormais sans objet, sur l'incompréhensible absence qu'il va connaître. Sa consolation viendra du souvenir. Et des récits qu'il fera, n'en doutons pas, de cette aventure qu'il a frôlée, s'il ne l'a pas rêvée ... Pas plus que LE TEMPS DETRUIT n'avait de projet – au sens où il y aurait eu intention claire à sa réalisation – , AVENTURE DE CATHERINE C ne fixe de but. Etre mystérieux, irréductible – même s'il est facile de repérer en lui révolte, tourments, goût de l'absolu – Catherine ne livre des secrets que pour nous laisser devant une énigme plus grande encore. L'enchaînement de ses aventures et de ses récits nous révèlera bien l'apparence de sa nature. Mais ce secret que Pierre Indemini a crun avoir perçu, nous restera inconnu. Tout au plus pouvons-nous accompagner un personnage qui aurait, un jour, décidé de « rebrousser chemin pour avancer vers le jour ». Pierre
BEUCHOT
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| Fanny
Ardant et Hanna Schygulla |
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| Un romancier de l'inconscient |
Notre travail en commun sur LE MONDE DÉSERT nous a rendu familier l'univers de Jouve. Avec AVENTURE DE CATHERINE CRACHAT nous sommes devant une œuvre plus complexe encore, complexitéaccentuée par notre intention de la transposer. Et davantage peut-être que dans ses autres œuvres de fiction, AVENTURE DE CATHERINE CRACHAT caractérise l'audace et la singularité de Jouve.
Cette originalité garde à son œuvre un ton extraordinairement moderne : refus de la psychologie, du social, du réalisme même. Des récits conduits avec une « orageuse précipitation » (Jean Starobinski). Des héroïnes, « natures privilégiées », chez lesquelles le plus haut rejoint instantanément le plus bas, le mouvement spirituel succédant à la passion. Jouve, négligeant leur comportement, plonge dans le cœur de ses personnages pour révéler le puissant mécanisme souterrain de leurs pulsions. Jouve, romancier de l'inconscient. Les histoires dans lesquelles il nous
entraîne, intemporelles, pénètrent et s'incrustent dans les fêlures de
chacun, agissent en nous. Ouverture vers certains secrets dont; nous
pressentons qu'ils nous concernent. L'identification aux personnages,
l'implication du lecteur (et c'était aussi vrai du spectateur du MONDE
DESERT - film) sont si fortes devant une œuvre de Jouve, qu'elles
l'engagent irrésistiblement dans une investigation personnelle, sur les
traces de « la Chose qui se
trouve derrière ». Jouve connaissait Freud, il l'a même traduit. Sans être psychanalyste, il a eu l'intuition des voies ouvertes, et c'est en poète qu'il s'est aventuré dans l'exploration de « la pauvre, la belle puissance érotique humaine ». Et, plus que le père de la psychanalyse, c'est à l'éros féminin qu'il s'est attaché. Son œuvre est presque exclusivement consacrée à des figures féminines.
AVENTURE DE CATHERINE CRACHAT est l'aboutissement de cette attirance et de cette tendresse qu'il avait pour l'univers des femmes : dans leur duel, Catherine et Fanny – « un couple d'opposés » – vont aux extrêmes du désir féminin et de ses aberrations : dans la sublimation, pour Catherine la névrosée, dans la mort, pour Fanny la perverse.
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| Pourquoi Jouve de nouveau ? |
LE MONDE DÉSERT, construit autour d'une
intrigue amoureuse,
gardait l'allure et le charme du romanesque. AVENTURE DE CATHERINE
CRACHAT, sous l'apparence d'une histoire sentimentale et scandaleuse,
s'enfonce plus profondément dans le monde de la douleur et du conflit
intérieur. Cette quête déchirante d'une femme – par ailleurs actrice de
cinéma – prend peu à peu la forme d'une aventure spirituelle et même
mystique. Un tel itinéraire, dans le monde d'aujourd'hui, n'est pas invraisemblable. Quelques conversations avec Fanny Ardant en témoignent. Car, lorsque nous avons envisagé l'actrice capable d'incarner Catherine, nous avons immédiatement songé à elle. Tout concourait en effet à la ressemblance, le physique, la personnalité, la réputation. Dès la naissance de notre projet, elle a donc été pressentie. La rencontre du roman, de son personnage et de cette comédienne était pour nous la preuve de l'opportunité de notre entreprise, qu'elle se révélait possible. En même temps, se renforçait notre idée de transposer l'œuvre de Jouve aujourd'hui.
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Comment transposer |
AVENTURE
DE CATHERINE
CRACHAT est une œuvre double : c'est une histoire narrée d'abord au
grand jour
- Hécate -, dont ce qui est
dissimulé apparaît ensuite sous une forme onirique et fantasmatique
dans Vagadu. Fortement contrastés, les deux
romans peuvent être considérés, l'un comme un voyage dans l'espace,
l'autre un
voyage dans le temps. Dans notre adaptation, nous envisageons de fondre
certains éléments de Vagadu dans Hécate
mais de préserver la rupture
brutale des deux livres. Il y aurait ainsi, d'abord une succession d'évènements rapides, mouvementés, tragiques. Catherine objet, Catherine image, se définissant à travers ses rôles et ses rencontres. Ensuite, devenant sujet, elle s'exprimerait par la parole, se livrant à nous non plus dans ses actes, mais par l'aveu ou la confession. Le statisme de cette dernière situation nous amènera à réduire considérablement Vagadu pour rechercher une forme synthétique qui en exprime l'essentiel.
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| Paris et Vienne |
Paris et Vienne sont les deux pôles
géographiques et
symboliques de l'AVENTURE DE CATHERINE CRACHAT. Paris, ville
grouillante mais
aussi de vie solitaire dans des appartements confinés, n'a que peu
changé et
pourra conserver sa fonction. En
revanche, Vienne a perdu de son pouvoir
symbolique. Que reste-il aujourd'hui de ce théâtre des « épopées
sensuelles
de l'Europe centrale » dont parlait Jouve en 1928 ? Pourtant, la
ville
de
Schnitzler, de Berg, de Schiele et de Kokoschka – la ville de Kurt
Waldheim
aussi .. – continue de susciter notre fascination. Vienne peut-elle
encore nous
fournir les mêmes réponses aux mêmes questions que nous ne cessons de
nous
poser? Nous le pensons. C'est pourquoi Vienne conservera la même
présence dans
notre adaptation. Il faudra donc refaire sa connaissance, voir ce que
sont
devenus les lieux du roman, Ruh-Land, l'Opern-Café, « la ruelle qui
descend, à Heiligenstadt », le Redoutensaal ..
Nous songeons aussi à ressusciter la Vienne du début de siècle dans les scènes de tournage du film que Catherine y interprète. Nous n'avons pas encore décidé du choix de ce film mais il s'agira probablement d'un remake d'un des films de cette école viennoise qui donna les œuvres les plus réputées d'Ophüls, Lubitsch ou Sternberg. |
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| Le cinéma |
Le cinéma jouera d'ailleurs un rôle plus important que dans le roman où les rôles interprétés par Catherine n'y sont évoqués qu'allusivement. Dans notre esprit, ils devraient être plus révélateurs de la personnalité de l'actrice et pourraient même prendre l'une des formes de ses fantasmes. Comme nous l'avons laissé entendre plus haut, nous envisageons d'impliquer étroitement Fanny Ardant à l'élaboration du scénario : plus qu'une simple interprète, elle est disposée à mettre une part de sa propre histoire dans celle de Catherine Crachat. Pour lui faire face, dans le rôle de Fanny Félicitas, nous aimerions convaincre Hanna Schygulla. Pierre
Beuchot
Jean-Pierre Krémer Juin 1986 |
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Réception |
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![]() Janine Hache Aventure de Catherine C. Film réalisé par Pierre Beuchot Revue Nord' n° 16 - décembre 1990 extrait, page 74 |
(...) Je pense d'ailleurs que
c'est cet aspect-là du livre qui a, au premier chef, intéressé et séduit Beuchot.
Son film en effet, est aussi du grand art, non exempt d'esthétisme, ce qui
n'est nullement un reproche comme d'aucuns voudraient le laisser entendre. Cela
signifie d'abord que les images y sont belles. Le décor, sans doute, s'impose
d'emblée, par sa beauté. Aucun lieu sordide n'est
filmé (le seul endroit banal est ce quai de gare - au début et à la fin -
auquel pourtant. l'obscurité et la pluie confèrent un charme très
cinématographique); par contre, Vienne brille de tous ses feux dans l'épisode
de l'opéra et le cinéaste s'attarde avec plaisir sur le décor baroque de la
villa de Fanny. Sa caméra capte les tons chauds et lumineux des lampes du
salon, des tissus moirés ou du soleil dans les cheveux roux de Hanna Schygulla.
Visiblement, on cherche à
séduire le spectateur par de très beaux effets de clair-obscur, de contre-jour.
Et il est séduit, en effet, bercé par les subtils mouvements de caméra qui
caressent les visages, les doigts, avec bonheur, avec amour. Le décor, les couleurs,
les costumes donnent vie et âme aux épisodes qui s'enchaînent dans une douce
harmonie ou au contraire dans un contraste violent, dû à un montage serré des
images qui fait éclater les oppositions et les contradictions des personnages.
Le choc est. alors visuel, entre, par exemple, les chatoiements du luxueux
décor où vit la baronne et la chambre nue et sévère où Catherine apparaît
prostrée. |
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![]() Denis Scoupe La Face cachée de la Lune Aventure de Catherine C. extraits, p. 70-71 ![]() |
D'emblée, les premières images d'Aventure de Catherine C. nous plongent dans le noir et l'obscurité d'une mémoire décomposée. (...) Car Catherine est une star, un astre lumineux qui ne s'épanouit que lorsqu'il tourne. Mais ici, le spectateur la voit plutôt en étoile filante, qui brille et meurt après chaque tournage. (...) Tiré du roman de Pierre-Jean Jouve Hécate, qui était pour les grecs la divinité de la magie et des enchantements, le film met en place une cosmogonie féminine réduite à deux personnages : Catherine et Fanny. L'étoile et la lune. Deux astres qui brillent dans la nuit, mais d'une façon différente. Le premier donne sa lumière, le second la reçoit des autres. Fanny est donc une femme dangereuse pour Catherine, car à peine jette-t-elle un regard sur son visage rond comme un miroir, sur ses yeux bleus comme l'océan, qu'elle est deshabillée par cette face visible de la lune, noyée par ces mers de la tranquilité. Il lui faudra du temps pour connaître ce que Fanny a derrière la tête, pour en voir enfin la face cachée. Et ce qu'elle y découvrira, c'est ce que l'on trouve toujours quand on s'approche d'un peu trop près de cet astre de nuit ; la magie et l'envoûitement. Fanny a autant de morts que d'amours sur la conscience. Des hommes, mais aussi des femmes. (...) Le spectateur, fasciné, mais un peu glacé par cette épure parfaite, regarde dans le ciel ces mouvements de planètes, et y voit pour finir son attente récompensée ; une étoile s'éteindre, la lune mourir, le tout sur une musique de Michel Portal. C'est quand même un spectacle qu'on ne voit pas tous les jours. |
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Les photos et les documents du film ont été reproduits avec l'autorisation de Pierre Beuchot Textes de Pierre Beuchot et Jean-Pierre Krémer © leurs auteurs |
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Site Pierre Jean Jouve Sous la Responsabilité de Béatrice Bonhomme et Jean-Paul Louis-Lambert Page réalisée par Jean-Paul
Louis-Lambert
Dernière mise à jour : 17 mai 2011 |
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